mercredi 3 mars 2010

Sainte Russie - siècles d'or de la Rous'


19h - vernissage de l'exposition "Sainte Russie, l'art russe, des origines à Pierre le Grand".

Parmi toutes les dorures des icônes, je retrouve quelques visages connus du ministère et des énergéticiens. Les salles foisonnent de russes, venus en nombre pour l'occasion. C'est en effet, dans le cadre de l'année France-Russie, que le Louvre organise cette exposition assez exceptionnelle et audacieuse, consacrée à l'art russe ancien.

Point de drapeau rouge, ou d'affiches de propagande. Le visiteur se plonge dans une période très peu connue de la Russie, appelée Rous' à cette époque: la Russie chrétienne du IXe au XVIIIe siècle.

Voilà l'audace de l'exposition: une période historique subtile et pointue qui cherche à montrer que les russes n'étaient pas qu'une bande de barbares. Derrière les stéréotypes, on découvre une période historique complexe qui commence avec l'apparition des Russes avec les rivalités et luttes d'influence entre Latins, Vikings et Byzantins. La religion avec le célèbre baptême du prince Vladimir en 988 marque l'adoption du modèle ecclésiastique de Constantinople par la Rous. L'art chrétien, aussi riche qu'à Byzance, s'épanouit alors dans la Rous qui s'étend de Kiev à Novgorod en passant par Pskov, Vladimir et Souzdal...Moscou n'est pas encore de la partie. Ceux qui ont déjà mis les pieds en Russie, se rappelleront sans doute de Vladimir et Souzdal...
La Rous s'enrichit également suite à la domination mongole du XIIIe siècle. La Russie médiévale connaît par la suite un dynamisme religieux sans précédent alors que Moscou prend de plus en plus d'importance dans le pays. C'est le temps d'Alexandre Nevski.

Le règne d'Ivan le Terrible au XVIe siècle marque l'apogée de l'art russe: Moscou devient la "Troisième Rome". Pierre Le Grand arrive après le temps des troubles, période terrible de la Russie, pour imposer un tournant historique par ses changements politiques et esthétiques.

Le thème de l'exposition, la religion et son influence sur un pays aussi grand, bien qu'un peu aride, rassemble les plus belles pièces des musées russes, mais aussi les plus connues. Et ceux qui auront effectué des longs séjours à Moscou ou St Petersbourg pourront alors se souvenir de quel musée proviennent les oeuvres, tant elles sont emblématiques. Néanmoins, l'exposition vaut le détour pour replacer cet art religieux dans son contexte historique, contexte souvent inconnu du grand public alors que c'est une véritable saga historique. La Rous' fascine par son côté obscur et impressionne par la richesse de ses oeuvres, la préciosité de ses objets. Il est intéressant, notamment, d'observer l'évolution des livres qui sont exposés. A noter qu'il s'agit de vieux cyrillique et non pas de l'alphabet actuel: donc très dur à lire en l'état. La couverture et les pages des livres exposés sont tout bonnement impressionnants, délicats et rares.

Enfin, l'exposition relate deux périodes significatives: la bataille d'Alexandre Nevski contre les teutons et le règne fracassant d'Ivan IV le Terrible. Figures historiques emblématiques, ils font partie des visages qui ont influencé l'art russe contemporain. Un seul artiste à retenir: Eisenstein qui a réalisé Alexandre Nevski (1938) et Ivan le Terrible (1944 & 1946). A la base, Alexandre Nevski est une commande stalinienne pour faire office de propagande anti-nazi. Très vite, l'art cinématographique d'Eisenstein prend le dessus (scène finale de la bataille) sur une musique incroyable de Prokofiev.




Ivan le Terrible est à mon sens le chef d'oeuvre d'Eisenstein, surtout la deuxième partie. Le premier film se termine sur l'accession d'Ivan le Terrible au pouvoir avec une fin sur une construction ultra-graphique des images. Le deuxième volet s'ouvre sur Ivan le Terrible devenu un véritable tyran et qui confond gloire personnelle avec réussite nationale. C'est une oeuvre à la fois ultra baroque mais aussi très intimiste et qui présente une vision du tsar tout en complexité. Eisenstein invite alors à la réflexion sur le pouvoir et l'abus de pouvoir. Ce deuxième volet d'Ivan le Terrible vaudra d'ailleurs à Eisenstein la censure et la disgrâce de Staline qui se sent directement critiqué par la figure d'Ivan le Terrible.
Mélangeant esthétiques baroques, expressionnistes, lignes constructivistes, N&B, filtres de couleurs et jeux de regard, c'est un véritable cinéma opéra que montre Eisenstein




Exposition " Sainte Russie: l'art russe, des origines à Pierre Le Grand" au Louvre du 5 mars au 24 mai 2010

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