mercredi 10 mars 2010

Nostalgie, nostalgie des Exilés

Surfant sur la toile, me voilà qui tombe nez à nez avec ce livre: The Exile, le livre. L'histoire de la Bible en somme.

Ok, vous êtes complètement largué. C'est normal, petit retour en arrière. Tout commence pour moi, ici, dans ce qu'on a appelé le château d'Harry Potter (il nous a fallu environ un mois pour percer les secrets de la symétrie soviétique et éviter de passer une heure à retrouver notre bâtiment...).

Très vite, nous nous sommes sentis comme des exilés à la recherche de points d'attache. De bar en bar, de boîte en boîte et d'appartements désaffectés en appartements d'oligarques (ceci dit en passant, l'Appartement d'André et de Lionel, c'est du pipi de chat à côté des Appartements festifs russes - on citera notamment Solianka), nous avons fini par tomber sur cet espèce de journal, ce gonzo russo-américain, gratuit et distribué dans toutes les bonnes planques. Bonheur pour nous il était en anglais.
Très vite, nos vies ont été rythmées par la sortie de ce qu'on surnommait "La Bible". Et le fameux "Ju!! tu as foutu où le journal - Il est au chiotte" est devenu assez commun dans notre petite chambrette d'Obchéjitié de la fac du MGU. Emmenés par Mark Ames (espèce de quadra outrageusement sexy) et de son acolyte Matt Taibbi depuis 1997, The Exile respirait alors l'air du temps à Moscou: porno, bar à putes, drogues, sujets d'investigation sur la corruption, la police et la politique. The Exile a été en permanence à la limite de la décence et au bord de l'illégalité.

Notre activité favorite, se faire tous les bars de la semaine - car oui à Moscou, il est possible d'avoir un guide de la ville updaté de semaine en semaine à cause des lois qui font fermer les établissements de nuit. Avec un classement jamais égalé jusqu'à présent:
- la qualité de la booze: trois bières pour le meilleur bar pour boire
- la difficulté de pénétration du lieu: trois masques pour le pire face control
- le degré de shaggability du lieu: trois couples en levrette pour le meilleur endroit pour choper.

Soutenus - Rolling Stones magazine: "Mark Ames and Matt Taibbi take the raw material of this decadent new Moscow and convert it into 25,000 instantly snapped-up issues of The eXile, consisting of misogynist rants, dumb pranks, insulting club listings and photos of blood-soaked corpses, all redeemed by political reporting that's read seriously not only in Moscow but also in Washington." ou alors très critiqué - Moscow Times: ""The eXile, which publishes Gonzo-style journalism on topics such as drugs, prostitution and Moscow nightlife side-by-side with political analysis, has often pushed the limits of decency -- not to mention libel law.", nous on est d'accord avec le correspondant de Newsweek, Owen Matthews: "brillant and outrageous".

En fait, The Exile a été un des seuls magazines à offrir un point de vue complètement différent sur la vie en Russie, la société Russe elle-même, notre rapport d'expatriés à ce pays, la politique. Bam, les journalistes avaient vraiment su capter l'atmosphère de l'expat qui débarque en ville et devient une espèce de roi du pétrole local. Douloureux mais droit au but. Les années 1990 ont été une véritable mine d'or pour eux. Ames les décrit comme l'équivalent des années 1920 en France: une période d'intense hédonisme et de nihilisme profond où tout pouvait arriver. Et c'est vrai qu'en lisant les pages de The Exile, il y avait encore ce parfum de souffre qui flottait vite dans la pièce. Défier l'autorité, rentrer partout, ne pas avoir peur, tout risquer. Voilà l'idéologie de ce gonzo intello.

Le 5 juin 2008, le journal est tombé sous le coup d'une enquête gouvernementale qui a ordonné sa fermeture et l'interdiction de publier online. Selon Ames, il fallait changer de pays:

"Only a fool would stick around to see how the Flecker’s Box Jellyfish, or its human variant "the Russian government," will react after it takes a stack of eXile articles for "analysis," articles which contain lines like "Russian Government is bloody beast eating human flesh" and we "fart in Russia’s face" and "urinate into the president’s mouth."


Allez, on promet vite pour les nostalgiques, une petite interview du Dieu Ames...

To be continued...

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