lundi 22 mars 2010

Banksy ou l'happening du gift shop

Le film est en soi tout un événement. Imaginez un instant qu’un espèce de Robin des Bois des temps modernes, taggueur d’exception, artiste engagé sans visage, décide tout simplement de produire et d’apparaître dans un documentaire…Exit through the gift shop, c’est d’abord le film produit par Banksy, le phénomène du street art en Angleterre. Connu pour ses rats qui peuplent Londres, mais aussi pour avoir taggué des messages d’espoir sur le Mur entre Israel et la Palestine, ou encore pour avoir introduit ses propres œuvres parmi les peintures classiques anglaises des musées, Banksy c’est le graffeur qui n’a jamais révélé son identité. C’est ce créateur prolifique aux pochoirs et aux slogans aussi ironiques que pertinents dont les murs s’arrachent aujourd’hui dans les ventes aux enchères. Alors quand l’homme invisible décide de narguer tout le monde en produisant un film qui se veut être un documentaire sur le street-art et en apparaissant dedans, c’est juste l’embrasement général.

Mais plus qu’un simple film sur le street- art, Banksy reste Banksy et le transforme en véritable happening à double sens.


Le pitch d’Exit through the gift shop est assez excitant, complétement fou et drôle. Tout commence avec Thierry Guetta, un français qui vit à Los Angeles où il tient une fripperie. Thierry a une obsession : filmer tout ce qu’il voit et se balade en permanence avec une caméra à la main. Lors d’un séjour en France, il filme son cousin en train de préparer de drôles de mosaïques en forme de petits monstres. Le cousin en question n’est autre que Space Invader. Thierry commence alors à l’accompagner dans les rues pour le filmer en train de coller partout ses petits aliens. Il rencontre par l’entremise du cousin, Monsieur André, célèbre pour ses clubs et ses drôles de bonhommes aux longues jambes.

Caméra à l’épaule, on suit Thierry dans ses rencontres nocturnes avec les artistes de la rue dans un rythme d’enfer. Est livré alors au public un matériel assez inédit des graffeurs les plus célèbres en train de produire leurs œuvres : du pochoir à la photocopieuse, en passant par l’échelle devant un mur, la recherche du meilleur spot et la création en elle-même ou les courses poursuites avec la police.

Et de l’obsession de Thierry de tout filmer, nait une quête : collectionner sur ses cassettes tous les graffeurs de renom. On croise donc Zeus, Shepard Fairey et son obey. Ne reste qu’un trophée à aller chasser : Banksy l’invisible. Thierry, par un heureux hasard, va réussir à l’approcher et va même devenir son complice (faux billets avec Lady Di, cabine de téléphone réinterprétée, simulacre de Guantanamo dans un parc d’attraction Disney). Poussé par Banksy, Thierry va utiliser les précieux footages collectés pendant de nombreuses années pour produire son documentaire sur le street art. Mais quand il a fini, c’est l’échec : complètement inmontrable.


Banksy lui suggère alors de se tourner vers le street art maintenant qu’il a vu et propose de prendre en charge le montage du documentaire. Toute la folie de Thierry se révèle alors puisqu’il prend Banksy au mot et se lance dans l’organisation d’une des plus grosses expositions de Los Angeles, produisant pour l’occasion une quantité industrielle de tableaux, de graff et d’installations. Le jour de l’exposition, Thierry aka Mr BrainWash, un mélange de Christian Audigier et Jean-Claude Van Damme, vend une partie de ses œuvres pour plus d’un million de dollars. Banksy et Fairey voient leur créature leur échapper. Mr BrainWash expose aujourd’hui à New York et a réalisé la pochette d prochain album de Madonna.



Mais si tout cela n’était qu’une vaste plaisanterie, comme les graffitis de Banksy toujours plein d’ironie ? Car voilà, le fameux Thierry Guetta fait vraiment penser à un personnage sorti tout droit de chez Sacha Baron Cohen (Borat)…La réalisation du film n’est pas créditée…Trop d’indices qui disent clairement que c’est un faux documentaire. Thierry Guetta, personnage inventé par Banksy ? Banksy lui-même ? Les rumeurs les plus folles circulent dans toute la presse britannique…

Banksy s’inscrit donc la lignée des mockfilms ou des fakes réalisés par Orson Welles pour proposer une satire féroce du marché de l’art. On rencontre une collectionneuse très west coast qui clame « que toute collection sérieuse se doit de posséder un Banksy maintenant ».Mais c’est le choix du support qui n’est pas un acte anodin pour celui qui affectionne repérer des endroits à graffer. Lors de ses incursions dans les musées, Banksy posait la question de la nature de l’art et de la place du street-art comme art à part entière en venant y exposer ses propres œuvres. Et quoi de mieux qu’utiliser la grosse machine hollywoodienne à produire des blockbusters pour dénoncer la récupération du street-art, sa marchandisation et sa production à l’échelle industrielle.

Avant d'être un véritable happening orchestré depuis deux ans autour de Mr Brainwash pour dénoncer les affres du business de l’art, Exit through the gift shop est surtout un film complètement barré. Véritable divertissement, encore plus fort que Borat, Cash-Moustache vous conseille de vous ruer immédiatement dans les cinémas dès sa sortie en France. Thierry Guetta est complétement fou. Entre le gaston pour le côté gaffeur, et Audigier/ Van Damme pour le style et la mégalomanie. Et on sent que certaines de ses phrases vont devenir cultes. Le film nous entraîne en permanence là où on ne l'attend pas. Et on passe notre temps à se dire "Non, il ne va pas le faire"! Et si, il va...On découvre aussi des artistes qui sont dans l'auto-dérision totale. Mention spéciale à Banksy qui est à mourir de rire.


Le trailer


Banksy en Palestine


Sortie UK: 5 mars
Sortie France: inconnue, mais il va être distribué.

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